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Les conditions de l'ijtihad et la prétention à la déduction : entre « al-Ṣawāʿiq al-ilāhiyya » et « Tahakkum al-muqallidīn »

4 octobre 2026 · 37 vues · 6 Sources et références

Comment Sulaymān ibn ʿAbd al-Wahhāb, Ibn ʿAfāliq et al-Shaṭṭī ont invoqué le consensus sur les conditions de l'ijtihad face à la prétention de déduire directement à partir du Coran et de la Sunna.

La question centrale : qui a le droit de déduire ?

L'un des points les plus débattus au XIIᵉ siècle de l'Hégire fut une question de méthode : est-il permis à quiconque a lu le Coran et la Sunna d'en déduire directement les règles, d'imposer sa compréhension aux gens et de juger ceux qui le contredisent ? Deux savants du même milieu y ont répondu : le shaykh Sulaymān ibn ʿAbd al-Wahhāb al-Najdī, frère du shaykh Muḥammad ibn ʿAbd al-Wahhāb, dans son épître « al-Ṣawāʿiq al-ilāhiyya fī al-radd ʿalā al-Wahhābiyya », et le juriste hanbalite Ibn ʿAfāliq al-Aḥsāʾī dans « Tahakkum al-muqallidīn » ; plus tard, le shaykh Ḥasan al-Shaṭṭī al-Ḥanbalī a développé la question dans « al-Nuqūl al-sharʿiyya ».

L'introduction d'al-Ṣawāʿiq : le consensus sur les conditions de l'imamat en religion

Sulaymān ibn ʿAbd al-Wahhāb commence son épître en établissant que l'ignorant ne s'en tient pas à son propre avis mais interroge les gens de science, puis il rapporte de l'imam Abū Bakr al-Harawī l'énoncé du consensus sur les conditions de celui que l'on suit en religion :

Les savants sont unanimes : nul ne peut être un imam dans la religion et la voie droite tant qu'il ne réunit pas ces qualités[1]

Le texte énumère ensuite ces qualités : la maîtrise des parlers des Arabes et de leurs variantes, du sens de leur poésie, la connaissance des divergences des savants et des juristes, de la grammaire flexionnelle, la science du Livre de Dieu, de ses lectures, de son exégèse, de ses versets clairs et ambigus, abrogeants et abrogés, la science des hadiths et la capacité de distinguer l'authentique du faible, le continu de l'interrompu, puis la piété scrupuleuse, la véracité et la fiabilité. Al-Harawī en tire une conséquence claire :

S'il réunit ces qualités, il lui est alors permis d'être un imam, d'être suivi et de pratiquer l'ijtihad dans sa religion et ses fatwas[2]

L'auteur considère qu'à défaut, celui qui n'a pas atteint ce degré doit suivre celui qui l'a atteint, les gens se divisant en religion en deux catégories : celui qui suit (muqallid) et celui qui fait l'ijtihad (mujtahid).

Ibn al-Qayyim comme témoin

Sulaymān ibn ʿAbd al-Wahhāb ne se contente pas d'al-Harawī : il cite Ibn al-Qayyim dans « Iʿlām al-muwaqqiʿīn », l'un des imams que ses destinataires tiennent en haute estime :

Nul ne peut puiser dans le Coran et la Sunna tant que ne sont pas réunies en lui les conditions de l'ijtihad[3]

Il y ajoute le récit attribué à l'imam Aḥmad sur la quantité de hadiths que doit connaître le juriste. L'argument est que l'exigence de ces conditions n'est pas la seule opinion des imitateurs tardifs, mais celle des autorités mêmes qu'invoquent les tenants de la prédication.

Des conditions au jugement des personnes

L'auteur passe ensuite au fruit de la question : l'anathème (takfīr) et la distinction entre ce qui fait sortir de l'islam et ce qui n'en fait pas sortir exigent selon lui l'exposé d'imams réunissant les conditions de l'ijtihad ; la compréhension de qui n'a pas atteint ce rang n'y suffit pas. Il affirme :

Car la communauté est unanime, comme on l'a vu, sur le fait que la déduction est le rang des gens de l'ijtihad absolu[4]

Il ajoute que, même si les conditions de l'ijtihad étaient réunies chez un homme, nul ne serait tenu d'adopter son avis sans examen. Son argument a donc deux volets : celui qui ne remplit pas les conditions ne déduit pas, et celui qui les remplit n'impose pas sa compréhension à la communauté.

Ibn ʿAfāliq : l'examen pratique

Ibn ʿAfāliq présente la même question sous la forme d'un examen pratique. Il interroge sur la personne qui vient d'atteindre l'âge de la responsabilité : faut-il lui ordonner l'ijtihad d'emblée,

même s'il ne connaît pas ce qui concerne l'ijtihad : les versets, les traditions, les fondements du droit, l'arabe et les autres choses sur lesquelles la communauté s'est accordée[5]

Il soutient que la communauté s'est accordée à faire de ces sciences des conditions de l'ijtihad, et que celui qui ne les a pas acquises doit, pendant son apprentissage, s'en remettre aux gens de science. Son argument complète celui de Sulaymān ibn ʿAbd al-Wahhāb : le premier rapporte le consensus sur les conditions, le second demande à celui qui revendique l'ijtihad d'en faire la preuve en hadith, en arabe, en rhétorique et en droit successoral.

Al-Shaṭṭī : une méthode pour vérifier la prétention

Ḥasan al-Shaṭṭī al-Ḥanbalī expose dans « al-Nuqūl al-sharʿiyya » les conditions du mujtahid telles que les ont établies les théoriciens du droit des quatre écoles, en citant le « Taḥrīr » d'al-Mardāwī et son commentaire, puis propose une méthode pour vérifier la prétention à l'ijtihad :

Quiconque prétend, à notre époque, à l'ijtihad, on l'interroge sur les conditions mentionnées[6]

Autrement dit, la prétention n'est ni rejetée ni acceptée en elle-même : elle est mise à l'épreuve en vérifiant si ses conditions sont réunies chez celui qui la formule, ce qui est la méthode même qu'avait suivie Ibn ʿAfāliq environ un siècle plus tôt.

Conclusion

Ces trois textes convergent vers une même thèse : l'ijtihad est un rang savant soumis à des conditions connues, pour la plupart consensuelles, qui englobent les sciences de l'arabe, du Coran, du hadith, des fondements du droit et des lieux de consensus et de divergence ; ce n'est pas un droit ouvert à quiconque a lu les textes. Leurs auteurs estiment que le dépassement de ces conditions, notamment en matière d'anathème, est la source de l'erreur qu'ils réfutent, et que le retour aux savants qui les remplissent est la garantie d'une déduction saine et de l'unité de la communauté.

Sources et références

1
اجمعت العلمآء قاطبة على انه لا يجوز لاحد ان يكون اماماً في الدين والمذهب المستقيم حتى يكون جامعاً هذا الخصال
Sulayman ibn ʿAbd al-Wahhab al-Najdi، Les foudres divines en réponse au wahhabisme، نسخة منضدة — page 5 · Ouvrir à la page ↗ · Texte de la page
نقلًا عن أبي بكر الهروي عن «غاية السؤال»
2
فاذا جمع هذه الخصال فحينئذ يجوز ان يكون اماما وجاز ان يقلد ويجتهد في دينه وفتاويه
Sulayman ibn ʿAbd al-Wahhab al-Najdi، Les foudres divines en réponse au wahhabisme، نسخة منضدة — page 5 · Ouvrir à la page ↗ · Texte de la page
تتمة كلام الهروي
3
لا يجوز لاحد ان ياخذ من الكتاب والسنة مالم يجتمع فيه شروط الاجتهاد
Sulayman ibn ʿAbd al-Wahhab al-Najdi، Les foudres divines en réponse au wahhabisme، نسخة منضدة — page 5 · Ouvrir à la page ↗ · Texte de la page
نقلًا عن ابن القيم في «إعلام الموقعين»
4
فان الامة مجمعة كما تقدم ان الاستنباط مرتبة اهل الاجتهاد المطلق
Sulayman ibn ʿAbd al-Wahhab al-Najdi، Les foudres divines en réponse au wahhabisme، نسخة منضدة — page 7 · Ouvrir à la page ↗ · Texte de la page
5
وإن لم يكن عالمًا بما يتعلق بالاجتهاد من الآيات ،والآثار ،وأصول الفقه ،والعربية ،وغير ذلك مما اجتمعت عليه الأمة
Ibn ʿAfaliq al-Ahsaʾi، Le sarcasme des suiveurs envers le prétendu rénovateur de la religion — page 17 · Ouvrir à la page ↗ · Texte de la page
فصل في الاجتهاد والتقليد
6
فمن ادعى في هذا الزمان الاجتهاد فيسأل عن الشروط المذكورة
Hasan al-Shatti al-Hanbali، Les citations légales en réfutation du wahhabisme، تحقيق: بسام حسن عميقة، دار غار حراء — page 10 · Ouvrir à la page ↗ · Texte de la page
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