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Sulaymān ibn ʿAbd al-Wahhāb et la critique du takfīr dans « al-Ṣawāʿiq al-ilāhiyya »

5 octobre 2026 · 40 vues · 6 Sources et références

Lettre de réponse adressée à Ḥasan ibn ʿĪdān par le frère de Muḥammad ibn ʿAbd al-Wahhāb, qui invoque le consensus sur l'islam de quiconque prononce les deux attestations et réserve la déduction et le takfīr aux mujtahids.

L'auteur et l'occasion de l'épître

Le cheikh Sulaymān ibn ʿAbd al-Wahhāb al-Najdī est le frère du cheikh Muḥammad ibn ʿAbd al-Wahhāb. Formé comme lui dans une famille de savants hanbalites du Najd, il répond à son frère depuis l'intérieur de la même école et du même milieu. Son ouvrage, « al-Ṣawāʿiq al-ilāhiyya fī al-radd ʿalā al-Wahhābiyya », n'est pas un long traité systématique mais une lettre de réponse adressée à Ḥasan ibn ʿĪdān, qui lui avait écrit à plusieurs reprises pour connaître son avis. Elle s'ouvre ainsi :

« De Sulaymān ibn ʿAbd al-Wahhāb à Ḥasan ibn ʿĪdān. »[1]

Dans l'introduction, l'auteur explique qu'il rapporte, à titre de conseil, une partie de ce qu'il connaît des propos des savants : si son conseil est accepté, c'est ce qui est recherché ; sinon, il s'est acquitté de son devoir. L'ouvrage se compose d'une introduction et de chapitres successifs, dont la plupart tournent autour d'un seul principe : l'interdiction de déclarer mécréants (takfīr) les musulmans.

Celui qui prononce les deux attestations de foi

L'auteur part de la définition de l'islam donnée par les hadiths authentiques, comme le hadith de Gabriel et le hadith « L'islam est bâti sur cinq piliers », puis affirme que reconnaître comme musulman celui qui prononce la double attestation fait l'objet d'un consensus :

« Ils sont même unanimes à dire que celui qui prononce les deux attestations se voit appliquer les statuts de l'islam. »[2]

Il s'appuie pour cela sur le hadith « Il m'a été ordonné de combattre les gens… » et sur celui de la servante, et cite Ibn al-Qayyim selon qui le mécréant qui prononce les deux attestations entre dans l'islam. Puis il interpelle ses destinataires : si vous déclarez mécréant celui qui atteste qu'il n'y a de dieu que Dieu, accomplit la prière, s'acquitte de l'aumône, jeûne le Ramadan et fait le pèlerinage, qui est votre imam en cela ? De qui tenez-vous cette doctrine ?

L'istinbāṭ, rang du mujtahid

L'auteur fait de son introduction une règle de référence : l'ijtihād a des conditions connues, sur lesquelles il rapporte le consensus d'après Abū Bakr al-Harawī et d'autres, et celui qui ne les remplit pas doit interroger les savants et les suivre. Il reproche donc à son contradicteur de déduire des règles du Coran et de la Sunna selon sa propre compréhension, sans soumettre son avis aux savants, et argumente :

« Car la communauté est unanime, comme on l'a vu, à considérer que la déduction (istinbāṭ) est le rang des détenteurs de l'ijtihād absolu. »[3]

Il ajoute que même si les conditions de l'ijtihād étaient réunies chez un homme, nul ne serait tenu de suivre son avis sans examen. La question, pour lui, ne porte donc pas sur l'exaltation du tawḥīd, que les deux parties reconnaissent, mais sur l'instance habilitée à appliquer les statuts d'associationnisme et d'apostasie à des personnes et à des pays déterminés.

Ibn Taymiyya et Ibn al-Qayyim sur la question du vœu

L'auteur s'attend à ce que ses destinataires invoquent Ibn Taymiyya et Ibn al-Qayyim. Il concède que les deux cheikhs ont qualifié certains de ces actes de shirk et se sont montrés sévères à leur égard, mais estime qu'ils n'en ont pas fait un shirk majeur faisant sortir de l'islam et entraînant les statuts de l'apostasie. Il s'appuie sur ce qu'Ibn Taymiyya dit du vœu fait aux tombes : il le considère comme un vœu de désobéissance qu'il n'est pas permis d'honorer, et conseille à son auteur d'en faire l'aumône. L'auteur commente :

« Si celui qui fait le vœu était mécréant à ses yeux, il ne lui aurait pas ordonné l'aumône, car l'aumône n'est pas acceptée du mécréant. »[4]

Il procède de même pour le sacrifice et la recherche de bénédiction auprès des tombes, rapportant que les savants ont rangé certaines de ces pratiques parmi les choses réprouvées et d'autres parmi les interdites, sans les mentionner dans les chapitres de l'apostasie des ouvrages de fiqh comme al-Furūʿ et al-Iqnāʿ.

L'excuse de l'ignorant et de celui qui se trompe

À supposer même que certains de ces actes soient de la mécréance, l'auteur pose un autre principe qu'il attribue aux gens de la Sunna et rapporte d'après Ibn Taymiyya et Ibn al-Qayyim : le jugement porté sur une personne déterminée est conditionné par l'établissement de la preuve :

« L'ignorant et celui qui se trompe, au sein de cette communauté, même s'il commet un acte de mécréance ou d'associationnisme qui rendrait son auteur associateur ou mécréant, est excusé pour son ignorance et son erreur jusqu'à ce que la preuve lui soit clairement établie. »[5]

Il distingue à cet égard ce qui est connu de la religion par nécessité, objet d'un consensus formel, de ce qui requiert une explication, en s'appuyant sur les propos d'al-Khaṭṭābī concernant les catégories d'apostats et l'excuse de celui qui nie ce dont la connaissance n'est pas répandue parmi le commun.

La comparaison avec les Khawārij

L'auteur invoque la conduite des Compagnons envers les Khawārij : malgré les hadiths authentiques les concernant, et bien qu'ils aient déclaré mécréants ʿAlī et ʿUthmān et rendu licite le sang des musulmans, les Compagnons ne les ont pas jugés sortis de l'islam. Il cite Ibn Taymiyya :

« Ni ʿAlī, ni aucun des Compagnons, ni aucun des imams de l'islam ne les a déclarés mécréants. »[6]

Selon l'auteur, l'un des traits les plus caractéristiques des Khawārij est d'appliquer aux gens de la qibla les versets révélés au sujet des associateurs, et il cite à ce propos ce qui est rapporté d'Ibn ʿAbbās et d'Ibn ʿUmar, mettant en garde ses destinataires contre cette voie. Il passe ensuite en revue d'autres courants — Qadariyya, Muʿtazila, Murjiʾa, Jahmiyya — pour montrer que les pieux prédécesseurs, selon lui, ne les ont pas déclarés mécréants d'une mécréance faisant sortir de l'islam, malgré la vigueur de leur réprobation.

Conclusion

L'argumentation d'« al-Ṣawāʿiq al-ilāhiyya » repose ainsi sur trois piliers : le consensus sur l'islam de celui qui prononce les deux attestations ; la réservation de la déduction et du takfīr aux savants qualifiés pour l'ijtihād ; une lecture des textes d'Ibn Taymiyya et d'Ibn al-Qayyim qui distingue entre qualifier un acte de shirk et juger son auteur apostat. L'importance historique de l'épître tient à ce qu'elle émane d'un savant hanbalite najdi issu de la famille même du fondateur du mouvement, et qu'elle argumente à partir des références que ses destinataires eux-mêmes vénèrent.

Sources et références

1
من سليمان بن عبدالوهاب الى حسن بن عيدان.
Sulayman ibn ʿAbd al-Wahhab al-Najdi، Les foudres divines en réponse au wahhabisme، نسخة منضدة — page 4 · Ouvrir à la page ↗ · Texte de la page
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2
بل اجمعوا ان من نطق بالشهادتين اجريت عليه احكام الاسلام
Sulayman ibn ʿAbd al-Wahhab al-Najdi، Les foudres divines en réponse au wahhabisme، نسخة منضدة — page 6 · Ouvrir à la page ↗ · Texte de la page
3
فان الامة مجمعة كما تقدم ان الاستنباط مرتبة اهل الاجتهاد المطلق
Sulayman ibn ʿAbd al-Wahhab al-Najdi، Les foudres divines en réponse au wahhabisme، نسخة منضدة — page 7 · Ouvrir à la page ↗ · Texte de la page
4
فلو كان الناذر كافراً عنده لم يأمره بالصدقة لان الصدقة لا تقبل من الكافر
Sulayman ibn ʿAbd al-Wahhab al-Najdi، Les foudres divines en réponse au wahhabisme، نسخة منضدة — page 8 · Ouvrir à la page ↗ · Texte de la page
تعليقًا على قول ابن تيمية في النذر للقبور
5
ان الجاهل والمخطئ من هذه الامة ولو عمل من الكفر والشرك ما يكون صاحبه مشركا او كافراً انه يعذر بالجهل والخطا حتى تتبين له الحجة
Sulayman ibn ʿAbd al-Wahhab al-Najdi، Les foudres divines en réponse au wahhabisme، نسخة منضدة — page 10 · Ouvrir à la page ↗ · Texte de la page
الفصل الثاني: إعذار الجاهل والمخطئ
6
لم يكفرهم علي ولا احد من الصحابة ولا احد من ائمة اهل الاسلام
Sulayman ibn ʿAbd al-Wahhab al-Najdi، Les foudres divines en réponse au wahhabisme، نسخة منضدة — page 11 · Ouvrir à la page ↗ · Texte de la page
نقلًا عن ابن تيمية، في الفصل الرابع

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