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Ibn ʿAfāliq al-Aḥsāʾī et « Tahakkum al-muqallidīn » : la prétention au renouveau mise à l'épreuve

1 octobre 2026 · 37 vues · 6 Sources et références

Une lettre d'un juriste hanbalite d'al-Aḥsāʾ à son contemporain Muḥammad ibn ʿAbd al-Wahhāb, qui met à l'épreuve la prétention à l'ijtihad par des questions de hadith, d'arabe, de rhétorique et d'héritage.

L'auteur et le contexte de l'épître

Muhammad ibn ʿAbd al-Raḥmān ibn ʿAfāliq al-Ḥanbalī al-Aḥsāʾī (1100–1164 H) est un juriste hanbalite d'al-Aḥsāʾ, contemporain de Muḥammad ibn ʿAbd al-Wahhāb, avec qui il a correspondu. Son épître, connue sous le titre « Tahakkum al-muqallidīn fī muddaʿī tajdīd al-dīn » (L'ironie des imitateurs à l'égard de celui qui prétend renouveler la religion), prend la forme d'une lettre directe qui s'ouvre ainsi : « De Muḥammad ibn ʿAbd al-Raḥmān à Muḥammad ibn ʿAbd al-Wahhāb ». L'auteur indique ensuite qu'il a pris connaissance des principes de la prédication de son destinataire, écrits de sa propre main :

J'ai pris connaissance des règles sur lesquelles tu as bâti ta doctrine ; elles me sont parvenues écrites de ta main[1]

Ibn ʿAfāliq estime que ces règles impliquent de juger une grande partie des opinions juridiques consignées dans les écoles comme des paroles sans science, ce qui revient à mettre en cause les imams et ceux qui les suivent. Il ne commence pourtant pas par discuter ces règles une à une : il soumet d'abord leur auteur à un examen de son aptitude à revendiquer l'ijtihad et le renouveau, en lui promettant une réfutation détaillée par la suite.

L'imitation comme chaîne de transmission

L'auteur part de l'image du savant dans la tradition islamique telle que la dessinent les dictionnaires biographiques : un homme qui dit « j'ai lu auprès d'untel, j'ai entendu d'untel, j'ai étudié le droit auprès d'untel ». Il cite les exemples d'Ibn ʿAqīl, du cadi Abū Yaʿlā, d'al-Sharīf Abū Jaʿfar et d'Ibn al-Mannī, ainsi que d'Ibn Kathīr, l'auteur du commentaire coranique que l'on lisait au public, pour montrer que ces savants, malgré leur grandeur, restaient rattachés à leurs maîtres et reconnaissaient le mérite de leurs prédécesseurs. Puis il affirme :

Et aucun d'eux n'a appelé les gens à le suivre, ni ne les a contraints à adopter sa voie et sa conduite.[2]

Il lui oppose celui qui revendique la déduction directe sans chaîne de transmission ni maîtres connus, tout en notant que ce dernier s'appuie pourtant, pour l'exégèse du Coran, sur les livres de ces mêmes « imitateurs ». D'où le paradoxe du titre : l'auteur parle au nom des « imitateurs » et estime que, tout en reconnaissant leur taqlīd, ils remplissent mieux les conditions du savoir que celui qui prétend au renouveau.

Les questions d'examen

Le cœur de l'épître est une série de questions réparties en chapitres : questions sur le hadith, questions relatives au Coran, questions d'héritage, puis l'ijtihad et le taqlīd. Leur but est de montrer l'ampleur des sciences requises de quiconque veut déduire directement les règles à partir des textes.

En science du hadith

L'auteur exige que l'on distingue, dans les deux Ṣaḥīḥ et les quatre Sunan, le mutawātir, le mustafīḍ, le ʿazīz et le gharīb, que l'on expose les degrés du ṣaḥīḥ et du ḥasan, les corroborations et les témoignages, puis que l'on établisse l'état des transmetteurs de chaque hadith :

Pour chaque hadith sur lequel je t'ai interrogé, établis-moi les noms de ses transmetteurs, leurs kunya, leurs lieux et leurs époques[3]

Son argument est que la fatwa fondée sur le hadith n'est licite que pour celui qui en connaît les voies, les transmetteurs et les défauts cachés, et que celui qui veut émettre des avis directement à partir des recueils de hadith s'impose une exigence que n'ont pas les juristes qui donnent leurs avis à partir des ouvrages consignés de l'école.

En langue arabe, rhétorique et exégèse

Il prend ensuite la sourate al-ʿĀdiyāt, l'une des courtes sourates du mufaṣṣal, comme terrain d'examen : il interroge sur le sens propre légal, lexical et coutumier, les types de figures, de métaphores et de comparaisons, la concision et l'amplification, la disjonction et la liaison, et les aspects de l'inimitabilité qu'elle contient. Il précise qu'il ne demande rien de plus que ce qu'ont établi les ouvrages de cette discipline :

Je ne t'interroge que sur ce qu'ont expressément mentionné Ibn al-Qayyim et d'autres, et je ne te demande que de l'extraire des livres composés à ce sujet ; alors que celui qui déduit est celui qui possède en lui-même une faculté enracinée par laquelle il saisit tout cela[4]

Pour lui, celui qui déduit est celui chez qui les sciences de l'arabe sont une faculté présente, et non des informations que l'on va chercher dans les livres au besoin.

En matière d'héritage

Sur les questions du grand-père et des frères, de la réduction proportionnelle (ʿawl) et des deux cas dits « ʿumariyyatān », l'auteur soulève une difficulté de méthode : s'il existe un texte clair sans contradiction, pourquoi les Compagnons ont-ils divergé ? Et s'il n'en existe pas, les Compagnons et leurs successeurs ont fait un effort d'interprétation là où aucun texte explicite n'existait, ce que la règle de son destinataire, selon l'auteur, finit par condamner.

Ijtihad et taqlīd

Dans le dernier chapitre, il s'interroge sur celui qui atteint la puberté doué de raison et veut pratiquer la religion droite : faut-il lui ordonner l'ijtihad d'emblée, même s'il ne connaît ni les versets, ni les traditions, ni les fondements du droit, ni l'arabe ? Ou lui ordonner d'apprendre d'abord

ce qui concerne l'ijtihad jusqu'à ce qu'il soit qualifié ; mais avant d'avoir appris et d'être qualifié, que fait-il ?[5]

Il soutient que la seule réponse pratique est de s'en remettre aux savants et à ce qu'ils ont consigné dans les quatre écoles, et que rejeter cette voie contraint le commun des gens, y compris le nouveau converti, à imiter le seul auteur de la prédication.

Ton et intention de l'épître

L'épître n'est pas exempte d'expressions vives, conformes aux usages des controverses de son époque, comme l'indique le titre lui-même. L'auteur déclare toutefois dans sa conclusion son intention :

Je n'ai pas voulu, par ce débat, l'obstination, ni l'invective et la querelle, ni la dispute blâmable, mais la recherche de la Face de Dieu, le Vivant, Celui qui subsiste par Lui-même[6]

Conclusion

L'épître d'Ibn ʿAfāliq constitue un témoignage précoce, venu de l'intérieur de l'école hanbalite et du milieu même d'al-Aḥsāʾ et du Najd, montrant que le désaccord n'opposait pas d'abord les hanbalites aux autres, mais portait sur les conditions de l'ijtihad et le statut de l'héritage juridique consigné. Sa valeur scientifique tient à sa méthode : elle transforme la prétention au renouveau en une question vérifiable : de quels outils dispose celui qui prétend déduire directement à partir du Coran et de la Sunna ?

Sources et références

1
فقد وقفت على القواعد التي بنيت عليها مذهبك ،ووصلت إلي بخط يدك
2
ولا أحد منهم دعا الناس إلى اتباعه ،ولا حملهم على هديه وسيرته.
3
وكل حديث مما سألتك عنه ،حرر لي أسماء رواته ،وكناهم ،وأمكنتهم ،وأزمنتهم
Ibn ʿAfaliq al-Ahsaʾi، Le sarcasme des suiveurs envers le prétendu rénovateur de la religion — page 8 · Ouvrir à la page ↗ · Texte de la page
فصل في الأسئلة الحديثية
4
فلا أسألك إلا عما نص عليه ابن القيم ،وغيره ،ولا أكلفك إلا استخراج هذا من الكتب المصنفة فيه ،مع أن المستنبط هو الذي له ملكة راسخة في نفسه يدرك بها جميع ذلك
Ibn ʿAfaliq al-Ahsaʾi، Le sarcasme des suiveurs envers le prétendu rénovateur de la religion — page 13 · Ouvrir à la page ↗ · Texte de la page
فصل في الأسئلة التي تتعلق بالقرآن
5
ما يتعلق بالاجتهاد حتى يتأهل ،فقبل تعلمه ،وتأهله ،ماذا يفعل؟
Ibn ʿAfaliq al-Ahsaʾi، Le sarcasme des suiveurs envers le prétendu rénovateur de la religion — page 17 · Ouvrir à la page ↗ · Texte de la page
فصل في الاجتهاد والتقليد
6
ولم أقصد بالمناظرة المكابرة ،ولا السباب والمناقرة ،ولا الجدال المذموم ،بل ابتغاء وجه الله الحي القيوم

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